Quelques propositions pour l'avenir

Sur la base d’une conception générale du rôle de l’Académie royale de Belgique (présentée sous l’onglet : « Quelle Académie ? »), je voudrais ici aborder quelques grands axes de son fonctionnement et de ses missions, et formuler quelques propositions d’action. Je tiens cependant à insister d’emblée sur le fait que ces propositions tendent à fournir une idée générale de l’esprit dans lequel j’aimerais soutenir le développement de notre Académie. Elles ne constituent en rien un « programme » que l’élection sanctionnerait de facto. Toute décision sera discutée largement et éventuellement amendée. Par ailleurs, on sait le dynamisme avec lequel l’Académie a élargi son champ d’activités ces dernières années et il convient sans doute, avant toute chose, de consolider l’acquis. Je n’entends donc pas non plus dresser un inventaire à la Prévert.

Pour clarifier le propos, j’énoncerai les propositions en fonction des grands défis auxquels est confrontée notre Académie, en partant de ses principales missions, pour nous intéresser ensuite aux contextes de son développement, avant d’envisager les fonctions plus opérationnelles.

1. La diffusion des savoirs et des méthodes
1.1. Les publications

Les publications demeurent l’instrument privilégié de la diffusion des savoirs par l’Académie royale de Belgique.

  • Un gros effort a été consenti pour une numérisation des publications qui non seulement renforce indéniablement la renommée de l’Institution, mais s’inscrit également dans le courant nécessaire (et d’ailleurs historique, s’agissant des Académies) d’une open science. Il faut poursuivre en ce sens, sans pour autant abandonner l’impression papier qui assure une forme de pérennité, mais aussi une présence importante de l’Académie dans les bibliothèques.
  • On se réjouira aussi de voir l’Académie gagner un lectorat nouveau à travers la collection L’Académie en poche. Mais il faut assurer à la collection un niveau de qualité d’autant plus essentiel qu’elle tend à constituer une vitrine de l’institution. Avec l’aide de confrères et de consœurs dont la spécialité pourra varier en fonction des thématiques traitées, je souhaite attacher une grande attention à la réalisation de ces ouvrages.
  • Mais une Académie doit également prendre en charge, avec ou sans subvention, la publication d’ouvrages scientifiques, tantôt liés à ses collections historiques (ex. la Biographie nationale), tantôt à la demande. Il conviendra, en ce domaine aussi, et en concertation avec les Classes, de préciser certains champs disciplinaires qui pourraient constituer des « niches éditoriales » de notre Académie. Je pense notamment à des publications qui s’inscriraient dans l’échange entre disciplines.

Entre vulgarisation de qualité (c’est-à-dire l’ambition légitime de rendre le plus intelligible possible des choses complexes) et érudition scientifique, l’Académie trouve dans chacune de ces formules d’excellents vecteurs de diffusion du savoir, d’autant plus qu’ils s’ouvriront aussi au numérique.

1.2. Le Collège Belgique

Un deuxième instrument de diffusion du savoir et de notoriété de l’Académie réside dans l’action intensive du Collège Belgique. Ce Collège est à la fois un outil de décentralisation heureuse de l’institution et une manière de toucher un public plus large.

  • La tenue de cours dans différents lieux de la Belgique francophone répond au devoir de l’Académie de s’affirmer pleinement comme une institution de la Communauté française. De surcroît, à Liège, à Namur, à Mons ou à Charleroi, le Collège peut entrer en résonnance avec des centres universitaires ou des milieux culturels dynamiques. La décentralisation à Arlon peut également constituer une tête de pont vers Luxembourg et son université. Il est donc important de consolider ce dispositif, sans autre extension.
  • La question qui m’importe est davantage la structuration des cours et le public susceptible d’assister à ces activités. Il faut en effet poursuivre les efforts engagés pour toucher un public diversifié. Dans ce contexte, il importe d’attirer un public étudiant, au-delà des doctorants qui peuvent déjà valoriser la participation à un cours à travers des crédits de formation. Or, ceci implique —tout en maintenant par ailleurs la formule de 2 heures— la construction de cycles de cours un peu plus longs (6 x 2 heures) qui pourraient valoir pleinement dans des cursus de maîtrise.
  • L’allongement de certains cycles de cours du Collège Belgique, qui cibleraient bien évidemment des matières non abordées dans nos universités, permettrait de se concentrer au moins autant sur les questions de méthode que sur les résultats d’une recherche, contribuant ainsi à mettre l’accent sur la critique scientifique ou la démarche artistique, et pas uniquement sur les savoirs ou les productions. La souplesse d’organisation de ces cycles permettrait également de traiter un même thème en sollicitant des intervenants de disciplines différentes, offrant ainsi un enseignement réellement multidisciplinaire et en s’attachant à fournir une introduction et une conclusion substantielles.
  • Pour équilibrer le financement, ce projet irait de pair avec une plus grande sélection des « cours isolés », faisant le choix de la grande qualité des contenus et le prestige des conférenciers, qui doivent offrir à l’Académie sa marque distinctive.
  • Par ailleurs, en s’appuyant sur les techniques de diffusion mises en place au Collège Belgique, on pourrait travailler de concert avec l’Agence Universitaire de la Francophonie, de manière à mettre à la disposition de publics éloignés, notamment africains, des enseignements de haut niveau, contribuant à la mission sociétale de l’Académie.
1.3. Les médias

Si elle ne peut conduire sa politique en fonction des médias, l’Académie ne peut s’en passer. Elle doit soigner son service de presse et accorder son patronage à des activités de qualité. Il en va de son « crédit », à nouveau, et au-delà, de ses finances (cf. infra). L’Académie doit donc rester « connectée », sans que l’on perde de vue qu’une bonne communication commence par la qualité et la pertinence des contenus.

  • L’approche multidisciplinaire de thématiques d’actualité, ainsi qu’une lecture critique de l’information, éventuellement sous la forme de débats contradictoires, peuvent intéresser fortement les médias de toute nature. Car il faut déconstruire l’image d’un savoir figé, et par la même occasion celle d’une Académie associée à une culture quelque peu feutrée, fondée sur le consensus mou.
  • La diffusion d’interviews ou d’entretiens avec les membres de l’Académie dans le cadre d’émissions radiophoniques pourrait contribuer à accroître encore le crédit de l’institution et sa notoriété.
  • Les médias sociaux doivent également être utilisés dans toutes leurs potentialités. Le site internet de l’Académie sera très prochainement revu ; il faut le renouveler sans cesse pour qu’il puisse s’adapter aux évolutions technologiques (smartphones, etc.), en produisant une information clairement structurée, qui évite à la fois la juxtaposition des bases de données et les listes interminables d’activités.
  • Le 250e anniversaire de la fondation de notre Académie (2022) sera aussi une occasion rêvée pour la placer au devant de la scène médiatique. Cet événement doit se préparer, en concertation avec les Classes et pourrait être l’occasion d’une réflexion plus large sur le rôle des Académies dans la société actuelle.
1.4. La vulgarisation

La vulgarisation est un mot parfois galvaudé et dès lors déprécié. Il ne s’agit nullement de simplifier à outrance un quelconque savoir ou, pire, de dénaturer ce savoir en lui offrant une explication qui lui ferait perdre toute la subtilité du raisonnement poursuivi. Il s’agit en revanche de veiller à rendre intelligibles des notions complexes, ce qui n’interdit pas d’en souligner les difficultés. Cette démarche, certes délicate, s’avère nécessaire si l’on veut défendre l’importance de la culture au sein de la société contemporaine. Ainsi, le Collège Belgique contribue à une mission de « vulgarisation » de la science et de la culture qui explique son succès auprès d’un plus large public. Mais l’Académie pourrait aussi s’inscrire, éventuellement en dehors de la programmation du Collège Belgique, dans le calendrier des grands rendez-vous scientifiques et culturels. Une Consœur a récemment proposé que le public trouve tout naturellement le chemin de l’Académie pour comprendre la découverte ou l’œuvre qui motive un prix Nobel, peu de temps après son annonce. Mais ne pourrait-on aussi trouver à l’Académie un éclairage de qualité sur une grande manifestation culturelle belge ou étrangère ? Il s’agirait, dans ce cas, d’assumer pleinement, et clairement, un rôle de haute vulgarisation qui ne doit toutefois pas « colorer » toutes les activités du Collège Belgique ni, moins encore, de l’Académie.

2. Le soutien à la recherche, à la culture et à l’innovation technologique

La recherche, la culture, l’innovation technologique sont les champs prioritaires d’activité de l’Académie. Au-delà de la diffusion des savoirs, son rôle est donc de soutenir les productions originales et de qualité dans chacun de ces grands domaines. Plusieurs moyens sont à sa disposition.

2.1. Les Prix

Les prix sont un instrument historique de distinction des meilleurs chercheurs ou artistes par l’Académie. Encore faut-il que la publicité en soit faite de la manière la plus large possible afin que la compétition renforce le prestige du Prix, notamment en recourant aux canaux de diffusion du FNRS. Il faut éviter (éventuellement par certaines réglementations) les candidatures uniques qui dévalorisent les Prix. Il en va de même pour les questions posées par l’Académie qui peuvent par ailleurs servir à faire naître des champs de recherche nouveaux, plutôt que de consacrer, de manière plus ou moins déguisée, des recherches déjà réalisées.

L’Académie royale de Belgique doit donc attacher une attention toute particulière à la valorisation de ses Prix, éventuellement par des regroupements, en tout cas par une politique systématique d’analyse des différents Prix et, le cas échéant, par un accent plus particulier placé sur un Prix auquel il serait conféré un prestige plus conséquent.

La publicité offerte aux appels à candidature doit aussi se poursuivre après les sélections, en contactant largement la presse lors des cérémonies de remises officielles. Ces prix doivent en effet être l’occasion de faire connaître la richesse de la production scientifique et artistique belge, en attirant largement l’attention sur leurs auteurs et, le cas échéant, les équipes avec lesquelles ils travaillent.

2.2. Le Fonds national de la recherche scientifique (F.R.S.-FNRS)

Il existe un lien historique entre l’Académie royale de Belgique et le FNRS. Ce lien explique que l’Académie soit représentée au Bureau et au Conseil d’administration du FNRS. Il convient d’exercer pleinement cette mission de soutien à la recherche fondamentale et de renforcer encore les contacts entre le FNRS et l’ensemble de l’Académie (cf. infra : gouvernance). Les membres de l’Académie pourraient d’ailleurs être davantage sollicités pour aider le FNRS dans ses sélections et arbitrages. Ils pourraient, à travers l’Académie, intervenir dans l’organisation d’Écoles doctorales. Mais l’Académie peut aussi être d’un soutien réel en faveur d’un indispensable refinancement du FNRS, notamment à la suite du désengagement du niveau fédéral.

2.3. Les chaires

Afin de distinguer certains chercheurs ou artistes et de susciter un intérêt pour tel ou tel domaine de spécialité, les chaires sont un outil très efficace. En recherchant des financements privés, on pourrait tenter d’en accroître le nombre. Un enseignement pourrait être conduit dans le cadre du Collège Belgique, mais on pourrait aussi offrir au titulaire de la chaire la possibilité d’organiser un colloque, une master-class ou toute autre activité sous l’égide de l’Académie, dans l’esprit des Chaires Francqui.

2.4. Les projets scientifiques

L’Académie royale de Belgique ne doit pas seulement être l’instrument d’une diffusion de savoirs ou de savoir-faire ; elle peut également en produire. C’est déjà le cas de plusieurs projets éditoriaux qui reposent sur une recherche de première main. L’organisation de colloques peut aussi susciter de nouvelles pistes de recherche.

  • À ce titre, un appel à candidatures pourrait être lancé pour l’organisation de quelques congrès scientifiques internationaux de pointe, en partenariat avec le FNRS. Ces congrès pourraient alors se tenir dans les locaux de l’Académie et renforcer son prestige scientifique.
  • Mais l’Académie peut aussi, comme plusieurs autres institutions du genre à l’étranger, soutenir des projets de recherche qui témoigneraient de sa vitalité et de son rôle dans le développement de la science, et non plus uniquement dans la diffusion de ses résultats. Je voudrais donc rester particulièrement ouvert à toute proposition des Classes en ce sens.
2.5. Les projets artistiques

L’Académie royale de Belgique est un lieu de culture. Celle-ci se conçoit tout naturellement de manière large et variée, compte tenu de la diversité des membres. Mais il importe de consacrer une place de choix aux productions artistiques, qu’elles soient l’œuvre des membres, des membres associés ou des artistes primés par notre Académie. Certains canaux de diffusion propres au transfert des connaissances, de manière générale, peuvent être utilisés à cette fin : publications, conférences, entretiens, etc. Mais certains événements doivent être consacrés plus spécifiquement aux projets artistiques. Il en va bien évidemment ainsi des concerts, déjà organisés avec succès, et qu’il convient de maintenir ; il pourrait en aller ainsi aussi d’expositions, en partenariat avec des musées ou des galeries d’art, qui feraient connaître de jeunes artistes ou offrirait des rétrospectives d’une œuvre confirmée.

3. Les Classes au cœur de l’Académie
3.1. La vie des Classes

Les Classes constituent le cœur de l’Académie. Leur travail doit être soutenu, notamment en leur réservant la priorité d’usage des locaux. Il convient également de les encourager à faire des propositions. Certes, l’Académie doit afficher une unité et le Secrétaire Perpétuel en est le garant, mais les Classes doivent être sollicitées pour la formulation de nouveaux projets.

  • Il ne faut cependant pas réduire le temps de la discussion intellectuelle autour des exposés, qui constituent le point focal des réunions, ni les échanges qui concernent la vie propre aux Classes (prix, programme, événements, publications, etc.). C’est dans cet esprit qu’il faudrait avoir recours à un intranet qui permettrait d’échanger bon nombre d’informations avant d’amener un point à la discussion en séance. Les nouveautés de l’Académie pourraient facilement y être exposées.
  • Les Classes doivent sans doute « exploiter » davantage leurs membres associés, qui participent grandement au renom de notre institution notamment en dehors de nos frontières, en les invitant à des prises de parole, éventuellement lors des séances publiques.
3.2. Les contacts entre Classes et l’interdisciplinarité

L’une des principales richesses de l’Académie royale de Belgique (et qui la distingue des autres académies francophones de Belgique) réside dans la variété de ses Classes. Non seulement les quatre Classes regroupent des académiciens et des académiciennes d’horizons divers, mais l’ensemble des Classes offre aussi un panorama étendu de talents. C’est là une chance réelle d’échanges et l’occasion de construire une approche plus ouverte des questions qui traversent notre société.

Il ne s’agit évidemment pas de rompre avec le principe de discussion entre membres d’une même Classe. Mais l’invitation, rappelée aux membres de chaque Classe lors de chaque convocation, à suivre les lectures organisées par les autres Classes n’est pas réellement suivie d’effet, en raison parfois de la technicité propre à certains exposés. Aussi, pourrait-on tenter d’autres pistes.

  • Sur certains thèmes (comme ce fut le cas de l’Europe, récemment), des « Groupes de travail » pourraient réunir, sur une base volontaire, des membres de toutes les Classes pour échanger leurs vues et produire une analyse (ou une opinion) à large spectre. Cette formule s’avère très agréable à l’usage et permet de « pratiquer » l’Académie à un niveau différent et très enrichissant. Nombreux sont les sujets qui pourraient être suggérés, sans compter les sollicitations qui pourraient être adressées à l’Académie par d’autres instances (cf. infra). Un Groupe de travail ne doit d’ailleurs pas nécessairement être associé à une seule « production » ; il peut être maintenu, en raison de l’importance de son thème, au-delà d’une première « mission ». Ce pourrait être le cas du GT Europe. Les travaux peuvent également être préparés au sein des Classes, pour approfondir collégialement la spécificité disciplinaire avant de la confronter aux autres approches.
  • D’autre part, il pourrait être proposé aux Classes de consacrer l’une de leurs lectures à l’invitation d’un confrère ou d’une consœur d’une autre Classe sur une thématique qui intéresse les membres de la Classe invitante.
4. Les relations entre académies : du local à l’international.
4.1. Les contacts entre Académies belges

Plusieurs académies partagent le Palais des Académies. C’est une merveilleuse opportunité de contacts, plutôt que de rivalités. La mise sur pied du Collège Belgique a été l’occasion de renforcer les liens avec d’autres académies francophones. Il faut poursuivre dans cette voie, en utilisant éventuellement la formule des « Groupes de travail thématiques » pour faire appel à la compétence de nos académies-sœurs (par exemple sur la santé) ou construire ensemble des projets novateurs.

Mais il serait aussi souhaitable de renforcer nos liens avec la Koninklijke Vlaamse Academie van België voor Wetenschappen en Kunsten qui oriente également son activité vers l’ouverture à la société. Cette collaboration, qui ne signifie nullement la modification des identités, ni des usages de l’infrastructure, pourrait constituer une formule ‘gagnante-gagnante’ face aux autorités politiques de la Région Bruxelles-Capitale, mais aussi face aux représentants d’autres États qui sont toujours heureux de pouvoir s’adresser aux deux communautés en même temps.

4.2. La vocation internationale de l’Académie royale de Belgique

La grande majorité des membres de l’Académie, sinon tous, ont des liens réguliers avec leurs collègues étrangers. Il y a donc une évidence à considérer l’Académie royale de Belgique comme un lieu ouvert aux collaborations internationales. Faut-il encore dépasser le niveau des contacts personnels et offrir une visibilité institutionnelle aux collaborations internationales.

  • L’Académie royale de Belgique est historiquement active au sein de l’Union académique internationale, qui regroupe une soixantaine de pays membres. Cette présence doit être renforcée et le centenaire de sa fondation (2019) pourrait constituer une belle opportunité.
  • Au-delà, il serait utile de consolider nos relations avec d’autres académies, principalement européennes, en profitant de notre localisation à Bruxelles, ville globale dont on peut davantage utiliser les potentialités, en combinant les relations bilatérales et multilatérales. Il serait ainsi possible, sur la base de contacts personnels (agents de liaison), de choisir, chaque année, une académie comme partenaire privilégié (éventuellement en raison d’un anniversaire ou d’un événement majeur). Des invitations pourraient être lancées dans le cadre du Collège Belgique, dans celui des séances de nos Classes ; un thème de travail pourrait être défini de commun accord, qui concernerait les deux académies ou les deux villes ou pays dans lesquels leurs sièges sont établis. L’objectif est de tisser des liens constructifs avec nos collègues et de faire entendre, à partir de cette toile, une voix à l’international.
  • L’Académie royale de Belgique est par ailleurs une vitrine extraordinaire de la vie scientifique, intellectuelle et culturelle belge francophone. Il est envisageable que ce rôle soit développé dans le contexte d’une diplomatie scientifique et culturelle. Je m’engage à faire valoir cette mission auprès du gouvernement de la Communauté française, ce qui, au-delà de la mission de diffusion du savoir, renforcerait encore la place de notre Académie dans le dispositif général du rayonnement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
5. Gouvernance et administration

En matière de gouvernance, notre Académie est fondée sur ses Classes, qui ont force de proposition, et sur la Commission administrative, qui assure une fonction de Conseil d’administration. Ces rôles doivent être pleinement reconnus et l’information nécessaire à la conduite des affaires ou simplement à l’adhésion doit être fournie à chacun. Il ne faut pas pour autant encombrer le déroulement des séances des Classes avec l’annonce de toutes les décisions qui concernent l’Académie. Chaque membre doit donc pouvoir trouver l’information sur un intranet. Cet intranet permettrait aussi de diffuser les différents procès-verbaux des instances de l’Académie mais aussi les rapports rédigés par des membres à la suite de leur participation à des missions patronnées par l’Académie. Les Classes disposeraient ainsi du temps nécessaire aux propositions, dûment documentées, en plus des exposés qui en constituent le cœur.

De manière générale, la définition de règles claires, dont on assure une large publicité, est toujours le meilleur garant du bon fonctionnement des institutions. Je souhaiterais aussi pouvoir élaborer les budgets annuels, comme d’autres décisions majeures pour l’institution, en concertation avec le/la Président(e) de l’Académie et les directeurs/directrices des Classes, avant leur soumission à la Commission des finances et à la Commission administrative. Au-delà, il me semble aussi important de constituer, autour du Secrétaire Perpétuel, un petit comité chargé d’étudier les grands dossiers liés à la recherche et à la participation de l’Académie au FNRS ; ce comité comprendra, bien évidemment, des représentants des grands secteurs de recherche et de toutes les institutions universitaires. Il n’en donnera que davantage de poids à l’expression de l’Académie dans son soutien à la recherche en Belgique francophone, et notamment à son indispensable refinancement.

Pour des matières plus techniques, comme celles qui touchent aux placements, il est important de pouvoir continuer à bénéficier des conseils et du suivi de spécialistes (clairement identifiés), comme c’est aujourd’hui le cas, avant d’en faire état aux instances de l’Académie et notamment à la Commission des finances.

En ce qui concerne l’administration, une attention particulière me semble devoir être accordée à la gestion des ressources humaines. Profils de fonction et règles de fonctionnement doivent être régulièrement mis à jour et redéfinis. Ceci participe d’une gestion du personnel qui doit veiller à mettre en valeur le travail de chacune et de chacun pour optimiser le soutien logistique aux activités de l’Académie. La stabilité des contrats et la qualité de l’environnement de travail sont essentielles à la motivation du personnel administratif qui est l’une des clés du succès de l’institution. Une liaison régulière avec les services de l’administration de la Communauté française, mais aussi avec le cabinet du Ministre de tutelle s’impose pour consolider ce volet, très important, de la gestion de l’institution, dont le Secrétaire Perpétuel est pleinement responsable.

6. Le financement

La consolidation des activités initiées au sein de l’Académie royale de Belgique, de même que son développement ne pourront s’effectuer qu’à travers la stabilité financière de l’institution. Il faut être particulièrement attentif à la dotation de la Communauté française. Lors de ma présidence du FNRS, je m’étais attaché, avec succès, à obtenir l’indexation annuelle de la subvention de la Communauté française. Je m’efforcerai de requérir la même mesure en faveur de l’Académie royale de Belgique. Mais il est sage de poursuivre la diversification des sources de financement, tant privées que publiques. Pour des projets concrets et en cohérence avec leurs compétences, la Région Bruxelles Capitale ou les Villes doivent aussi être sollicitées, tout comme le sont déjà les Provinces et la Communauté française.

Les infrastructures ont été gérées, jusqu’ici, de manière efficace et rentable ; il faut poursuivre l’effort, sans nuire évidemment aux activités propres aux missions de base de l’Académie.

Par ailleurs, une politique active à l’adresse des mécènes potentiels doit être menée, qui peut aider à l’organisation de chaires ou à la constitution d’un Prix de grande renommée (cf. supra). Pour ce faire, on veillera à la constitution d’un « Comité de soutien », chargé du lobbying indispensable à la mise en œuvre d’une stratégie de collecte de fonds, reposant sur des règles (y compris éthiques) très précises. De même, il importe de mener une politique de sensibilisation aux legs (notamment via les études notariales). En ce sens, une communication dynamique et le déploiement d’une présence de l’Académie sur divers terrains médiatiques sont d’une importance cruciale. Le caractère « pluraliste » de l’Académie royale de Belgique et son prestige sont des atouts importants.